Baku 2012

L’IGF chez les soviets
L’édition 2012 de l’Internet Governance Forum est sans conteste la pire des 7 éditions, pourtant battre Athènes dans la désorganisation, les aberrations et la nullité était une gageure difficile à tenir. C’est fait.

Dès l’arrivée à l’aéroport ce fut retards, perte de bagages et transports inexistants. Il y avait de quoi décourager les participants, malgré tout, nombreux dans un hangar posé à 30km de la ville, au milieu de nulle part.

Le 1er jour fût épique : pas d’eau, de café ni de restauration... rien. Piégés dans des salles encore en travaux, avec un son inaudible, pour revenir en ville, il a fallu arrêter un taxi sur une 4 voies d’autoroute afin de retrouver le charme de Baku by night. De ce côté là, rien à redire, la fée électricité est prodige et tous les édifices, du HLM aux bâtiments monumentaux en pierre blanche (un mixte entre l’architecture soviétique et chinoise) sont éclairés, une vraie fête foraine.

Le reste des journées IGF fut du même acabit, du cocasse à l’absurde. Les transcriptions dans les workshops sont fantaisistes : il a fallu arriver aux 2/3 d’une session sur le multilinguisme pour comprendre que l’orateur n’avait pas acheté une vasque mais diffusait de la langue Basque...

Mais pourquoi ce pays ? Le choix du pays revient au Secrétariat de l’UNOG qui lance un appel d’offre et étudie les coûts de revient d’un IGF en fonction de ce que cela aurait coûter de le faire à Genève. Après négociation financière on signe un accord type qui liste les obligations du pays retenu (statut diplomatique, accès libre de la presse, etc.).
L’Azerbaïdjan a candidaté dès 2009, a pleuré chaque année pour avoir l’IGF et, a fini par obtenir la session 2012, aucun autre pays ne s’étant déclaré.

Les ateliers & séances pleinières
Le thème de cette 7è édition était plutôt dans le style fourre-tout : ‘Internet Governance for Sustainable Human, Economic and Social Development’, les banalités et la réinvention de l’eau chaude n’ont donc pas été absentes des discussions.

Quelques interventions précisent le manque de connectivité de certains pays/territoires comme le Bénin (Yaoui Atchoun, ALAC) expliquant que dans ce pays seuls les techniciens « IT » font les opérations basiques comme la réservation des noms de domaine, choix des extensions... ce qui explique les choix aberrants comme du .org pour du business ou une extension d’un autre pays pour une université.
Il faut dire que c’est difficile pour les internautes de réserver un nom de domaine par manque d’accès, avec la majorité des paiements à la connexion effectués directement dans la rue. Ce qui explique le chiffre faramineux de 17 réservations domaine pour cette année !

Egalement, la zone Caraïbes, où la dispersion des 16 territoires dont 13 îles n’aident pas à la connectivité. Le représentant, Dev Anand, reconnaît que les autorités ont d’autres priorités comme l’accès à l’eau et le développement de l’agriculture et les difficultés de connectivité font qu’ils n’ont découvert le programme des Nouvelles Extensions de l’ICANN qu’en avril 2012 !
Les deux seuls Registrars de la zone – Bahamas et Barbades – n’avaient pas vu la publicité car elle n’a été faite qu’en ligne. Il a demandé que le 2è round qui devrait ouvrir dans les 2 ans après le lancement (donc vers 2015 !!) ait une publicité qui touche les pays en voie de développement (presse, tv, etc.).
Mais, comme l’a répété Avri Doria (GNSO, At Large), il ne serait pas juste de modifier les critères et les prix du 2è round de lancement de Nouvelles Extensions, donc les Caraïbes attendront... ou feront un tour du côté du projet Open-Root ;=))

L’atelier Identités numériques a été suivi par Louis : À l’âge d’internet la notion d’identité évolue. Le modèle traditionnel est basé sur des autorités, généralement des États, qui définissent le contenu d’une identité et apportent une garantie (théorique) d’exactitude. En fait une identité n’est pas plus crédible que l’autorité qui la fournit.

La carte d’identité attribuée par l’État répond aux besoins de l’État, mais pas nécessairement à ceux des citoyens. Elle est souvent utilisée à d’autres fins que celles pour quoi elle a été définie. La multiplicité des autorités d’identité rend problématique un accord sur une définition interopérable entre États. C’est un défi pour l’UE, et la Commission Européenne reste très brumeuse sur ses intentions. L’abondance et la rapidité d’accès aux informations numériques permettent d’utiliser des sources multiples pour constituer une identité. En l’absence d’autorité officiellement responsable la crédibilité d’une identité relève de la gestion de risque, qui est une discipline encore immature. La gestion des identités doit aussi permettre l’anonymat. Au delà de cette déclaration on reste sur sa faim.

Concernant la cérémonie d’ouverture qui était réservée aux seuls Ministres et Ambassadeur en exercice, peu d’informations, à part l’annonce d’un gros contrat de Delta Telecom qui va créer une infrastructure de câbles terrestre reliant Francfort à Oman en passant par la Russie, la Géorgie, l’Azerbaïdjan, l’Iran... Si vous allez voir une carte la cyber-géographie des réseaux internet vous pourrez voir que c’est à ce jour plus sous-marin que terrestre.

Curieusement, il a été aussi question de l’infrastructure du réseau en Afghanistan, excellente avec une connectivité en haut-débit de 70% du territoire ! L’explication tient au fait que aussi bien les Talibans que les forces de la coalition ont besoin de ce réseau et en prennent grand soin. L’argent injecté dans le déploiement du réseau dans les montagnes tenues par les Talibans provenant des trafics armes,drogue, etc.

Le projet Open-Root L’IGF de Bakou fut l’occasion de lancer officiellement le projet Open-Root de vente (et non location) d’extensions (TLDs). Le site a été ouvert le lundi 5 novembre et un Communiqué de Presse a été envoyé... malgré les réseaux wifi azéris défaillants. Le stand prévu a été oublié, il a fallu monter une structure « sauvage »... qui s’est révélée être très visible et agréable pour l’équipe de 3 personnes qui se sont succédées pour répondre aux demandes d’information.
Voir le site

IGF 2013 Le stand de l’Indonésie nous a informé le vendredi 9 novembre qu’ils avaient postulé et été retenus pour l’édition 2013 de l’IGF. Cela se passera à... Bali !! Je ne sais pas pourquoi mais je sens que l’on sera un peu plus nombreux qu’à Baku...

Membres d’EUROLINC présents à Bakou : − Michel Peissik − Quentin Perrigueur − Louis Pouzin − Chantal Lebrument

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